20/02/2026
Par Elodie Guyot, conférencière et dirigeante de TERRES EFC Occitanie
Je l’entends très souvent.
« On fait de l’économie de la fonctionnalité : on fait de la location. »
Alors pas tout à fait …
La location est un mode de facturation.
L’EFC est un changement de modèle économique.
Ce n’est pas la même chose. Pas du tout.
Ce qu’est vraiment la location
La location consiste à :
- conserver la propriété d’un bien,
- facturer son usage dans le temps,
- maintenir un chiffre d’affaires indexé sur la durée ou le volume d’utilisation.
On passe d’une vente à un loyer.
Mais le cœur du modèle reste industriel :
- logique de volume,
- rentabilité liée au nombre d’équipements,
- standardisation,
- optimisation des coûts.
La valeur monétaire reste indexée sur l’actif loué.
Et surtout — point souvent oublié — le partage de valeur est rarement équilibré.
Dans beaucoup de cas, un calcul simple montre que :
sur la durée, louer coûte plus cher qu’acheter.
Pourquoi ?
Parce que le fournisseur doit couvrir :
- l’amortissement
- la maintenance
- le risque
- sa marge
La location n’aligne pas nécessairement les intérêts économiques.
Le fournisseur a intérêt à maximiser le taux d’occupation.
Le client a intérêt à réduire la facture.
Il n’y a pas convergence monétaire naturelle.
Pourquoi kiloutou ou rent a car ne font pas de l’efc
Prenons deux exemples connus :
- Kiloutou
- Rent A Car
Ces entreprises font de la location.
C’est utile. C’est parfois plus sobre que l’achat individuel.
Mais leur modèle repose sur :
- un parc d’actifs à rentabiliser,
- une facturation au temps d’usage,
- une performance mesurée en taux d’occupation.
Elles optimisent l’usage d’un bien.
Elles ne transforment pas la finalité économique.
Leur proposition de valeur reste :
mettre à disposition un objet contre rémunération.
Ce n’est pas une logique d’engagement sur des effets utiles.
Ce qu’est vraiment l’économie de la fonctionnalité
L’EFC opère une rupture plus profonde.
Comme le rappelle le Référentiel de l’EFC, un modèle économique se lit à travers six registres : proposition de valeur, mobilisation des ressources, organisation du travail, modèle de revenus, répartition de la valeur, gouvernance.
L’EFC transforme ces registres.
Elle consiste à :
- passer de la vente d’un bien à l’engagement sur des effets utiles,
- rémunérer une performance d’usage,
- intégrer les externalités dans la conception du modèle,
- développer des ressources immatérielles (compétences, santé, confiance, pertinence),
- sortir d’une logique purement volumique.
La question n’est plus :
combien de biens je mets en circulation ?
Mais :
quels effets utiles je produis pour mes bénéficiaires et le territoire ?
Des exemples qui parlent
- Chauffage
Location classique
Une entreprise loue des chaudières.
Revenu = durée de location.
Incitation = multiplier les équipements.
Approche EFC
L’entreprise s’engage sur :
- un niveau de confort thermique,
- une baisse des consommations,
- une réduction des émissions,
- un accompagnement des usagers.
Revenu = performance énergétique atteinte.
Si la consommation baisse, elle gagne.
Si elle réduit le nombre d’équipements nécessaires, elle gagne aussi.
L’incitation économique change totalement.
- Eclairage public
Logique location / fourniture
On installe des lampadaires.
On facture l’installation et la maintenance.
Logique EFC
On s’engage sur :
- un niveau d’éclairement adapté,
- une réduction de la consommation,
- une baisse des coûts globaux,
- une amélioration du confort et de la sécurité.
Le fournisseur est rémunéré sur la performance globale.
Moins d’énergie consommée = plus de valeur créée.
- Mobilité
Location de véhicules
On loue une voiture à la journée.
Revenu = durée d’usage.
Approche EFC
On s’engage sur :
- un besoin de mobilité,
- un taux d’occupation optimisé,
- une réduction des kilomètres inutiles,
- une diminution de l’empreinte carbone.
On peut combiner :
- mutualisation,
- covoiturage,
- véhicules partagés,
- outils numériques.
La valeur porte sur la mobilité, pas sur le véhicule.
La différence clé : l’alignement des intérêts
Dans la location :
- le fournisseur gagne si le bien est utilisé longtemps,
- le client gagne s’il réduit son coût,
- la sobriété peut réduire le chiffre d’affaires du fournisseur,
- les intérêts monétaires ne convergent pas naturellement.
Dans l’EFC :
- le fournisseur gagne si la performance est atteinte,
- le client gagne si le résultat est au rendez-vous,
- la réduction des ressources matérielles devient un levier économique,
- les intérêts sont structurellement alignés.
On passe d’un modèle de mise à disposition
à un modèle de co-production de performance.
Pourquoi la confusion persiste
Parce que la location peut être un outil dans une trajectoire EFC.
Mais ce n’est qu’un outil.
Réduire l’EFC à la location, c’est réduire une transformation systémique à un simple changement de facturation.
Or l’EFC touche :
- la proposition de valeur
- le travail
- la contractualisation
- la gouvernance
- les indicateurs
- la répartition de la valeur
C’est une transformation profonde de la logique économique.
En synthèse
La location :
un modèle de revenu centré sur un actif.
L’EFC :
un modèle centré sur les effets utiles et la performance d’usage.
Kiloutou et Rent A Car font de la location.
Ils ne font pas automatiquement de l’EFC.
L’EFC commence lorsque :
- on s’engage sur une performance
- on intègre les externalités
- on transforme l’organisation du travail
- on aligne économie et sobriété
C’est plus exigeant.
Mais c’est beaucoup plus robuste.
























